jeudi 13 décembre 2012

Ling-Ling - T2 - Les Lanternes Roses


Si vous êtes genre vouloir découvrir vous-même "le coupable" et "le déroulement du crime" en lisant un roman policier, vous ne devez pas lire cet essai avant d'avoir lu la bande dessinée. Donc, je commencerai mes réflections sur un autre aspect de l'œuvre, avant de venir sur l'aspect de l'action qui se déroule, pour que vous eussiez le temps de ne pas voir la bonne solution avant de l'avoir trouvée vous-même. Mes réflections sur deux des trois aspects sera de nature morale.

L'entrainement de Ling-Ling ès Arts Martiaux:

La fille qui fait la héroïne du roman graphique a été entrainée depuis un âge assez bas, cinq - sept ans, environs, de par exemple toujours être aux aguets ou de calibrer très finement avec des réactions vites et à propos l'aproche de chacun de plusieurs attaques "simultanées". Les méthodes sont un peu brutales pour elle. Quoique sans danger pour sa santé.

1) Plusieurs images (en rétrospective), elle se voit pelletée par son maître de petites projectiles. Enfin elle résussit à en éviter une. Le maître la regarde calmément, elle demande si c'était l'épreuve pour savoir si elle était digne de ses leçons. "Non, c'était la première leçon, avec tes sens réveillés tu ne sera pas surprise."

2) Dans une autre rétrospective - en fait entre l'attaque de plusieurs ennémis et leur déroute complète avec les mots "ils n'avaient pas une chance, mon record avec boules de neige était 58" - elle est montrée au même bas âge accompagnant son maître à travers la neige dans un village. Ils arrivent très épuisés et refroidis. Elle demande si la leçon ait été la marche pour perdurer à travers l'épreuve physique. "Non, la leçon est ici". Ils arrivent devant des enfants, le maître les demande s'ils aiment la guerre de boules de neige, ensuite ils la pelottent de boules, elle est très mal prise et n'arrive pas à faire la parade envers les boules, enfin elle est mouillée par toutes les boules de neige qu'elle vient de recevoir. Il poursuit, son maître à elle: Deux boules de neige ne viennent jamais exactement au même temps. Il y a toujours le temps pour parader ou esquiver l'un avant l'autre. Et il lui donne la promesse qu'ils reviennent au même endroit pour plusieurs leçons du même genre.

Normalement, un entrainement comme le premier devrait être répété plusieures fois. L'avoir reçu une fois comme petite ne dispense pas de le recevoir encore et encore - si on veut être un as dans les battailles. Comme c'est déjà très bien indiqué pour le deuxième type d'entrainement.

On peut se demander pourquoi une fille reçoit cet entrainement. D'abord, elle n'est pas obligé d'assister à l'école publique de Jules Ferry, elle est autorisée, car c'est en Chine et pas la France, de suivre un maître dans une discipline plutôt choisie individuellement. Ce qui est très bon. Ça veut dire qu'elle n'a pas été forcée de subir ce genre de déconforts physiques malgré elle-même et malgré ses parents, comme c'est le cas pour les victimes de l'école publique, quel que soit le mode de leur victimisation.

Mais ensuite, une fille en Chine aurait plutôt été élevée aux tâches féminines. Pourquoi reçoit-elle une éducation martiale? De la part des auteurs il y a un modicum du politiquement correcte, souligné par la compagnie du voyage, quelqu'un qui fait la cuisine: c'est un homme, un beau-gosse plus jeune qu'Astérix mais avec autant d'appetit. Chose tout aussi facilement imaginable en Chine qu'en France. Si c'est politicalement correcte ou inversement une reproche faite au PC, il est un peu monotone ès gastronomies. Pourquoi n'est-ce donc pas Ling-Ling qui fait la cuisine et qui la fait bien?

Dans cette année de Sainte Jehanne d'Arc, la question mérite d'être posée. La sainte avait Dieu et les saints non seulement comme seule instruction pour les grandes décisions, elle avait aussi toute apprentissage, miraculeusement vite faite, ès choses de battaille d'eux. Elle n'avait pas du tout une éducation à la Ling-Ling, mais une éducation féminine traditionnelle. Et Jehanne Hachette à Beauvais - elle sera recompensée et honoré par le roi Louis XI qui paie aussi le menage de son fiancé - n'avait pas d'autre entrainement probable dans le maniement de la hachette dont elle tient son surnom, que les gestes avec bâton ou rouleau à pâtisserie utilisés pour faire fuire les jeunes garçons trop mal à propos. Si même ça.

Et la Chine est encore moins que la France un pays traditionnel des Amazones.

On pourrait imaginer une fille genre garçon manqué comme Motoko. Ou l'héritière d'un budoka comme l'accueillante de Tenshin la Vagabonde. Ou une fille qui avait vue ses parents tuées comme celle qui dans le film Léon (par Luc Besson) prend l'entrainement d'un tueur à gages. N'ayant pas lu la première aventure de Ling-Ling, j'en sais strictement rien. Sauf que c'est exceptionnel pour les époques concernées et que ces œuvres d'art de notre époque relèvent un peu du politicalement correcte, soit directement soit ironiquement.

Mais ce qui reste est que cette éducation strictement martiale n'était pas le lot de tout le monde, ni même de tous les garçons. Tel autre était plutôt entrainé pour être peintre ou calligraphe. Tel autre pour être écrivain et érudit. Tel autre pour le théatre du type Opéra de Pekin. Tel autre pour pêcheur. Une fille qui n'était pas élévée chez les parents ou dans un monastère était plutôt en Japon ou Chine élévée en pécheresse qu'en guerroyère. Et il y avait l'éducation musicale, pas totalement absente de l'Occident moderne non plus. Wolfgang et Nannerl Mozart, la fratrie The Kelly Family.

À part l'éducation pornographique - absente en Occident traditionnel sauf pour les filles des prostituées - chacune de ces éducations est la bonne dès que c'est la volonté des parents. Et dès que c'est au moins acceptable pour l'enfant ou les enfants en question.

Le "chinois" est bidon:

An Kreu et Sufi-zan ne sont pas des mots Chinois. C'est "en creux" et "suffisant". Des mots bien français donc. La syllabe Kreu est même impossible: entre consonne initiale et voyelle centrale n'existent en chinois que yod, waw, le u en "huit", "huitre", "puis" et rien. Un prétendu "r" peut pourtant exister après la voyelle centrale, comme aussi une nasale "n" ou "ng" - tandis que "m" est réservé pour consonne initiale.

Pourtant, c'est très possible que des surnoms d'un charactère équivalent existent en Chine, et que ces approximations en faux chinois les captent mieux qu'aurait fait une pure transcription des surnoms réels chinois.

Le dénouement - pour ceux qui ont lu ou qui ne liront pas ou qui reliront de toute façon après le connaître:

La "triade" appelée Les Lanternes Roses est gerée par une mamie, dont le fils est en même temps enquêteur impériale pour qu'elle ne soit pas attrapée, et son fils à lui est le grand calligraphe Lah Vi (à lire "lavis" ou "la vie" selon les préférences). Partie de la criminalité - en fait la seule partie abordée - et de voler les calligraphies de Lah Vi chaque fois qu'il les a vendues. Jamais de lui - la mamie veut bien qu'il ait son pourvivre - et jamais avant qu'il ne soit déjà payé par l'achêteur.

Précisons que l'art de calligraphie, comme la plupart des fois de sculpteur ou de peintre est de produire chaque fois un objet matériel unique. Ça sert au collectionneur - ou d'être exposé en public. Mais c'est une chose matérielle individuelle. Et une fois que Lah Vi ait fait une calligraphie et une fois qu'il s'en soit séparé pour de l'argent comptant, et dès que ce ne sont pas des choses publiques, il pourrait bien s'en foutre si c'est dans la possession de l'achêteur ou de quelqu'un autre, tant que ce n'est pas sa faute que le vol ait été commis. Il fait pourtant un chef-d'œuvre que sa mamie n'arrive pas à voler: il calligraphe dans la neige le mot "éphémère" en chinois. Ce qui est très exactement l'idéal de son art, les signes doivent être tracés de manière de rendre compte de la chose signifiée. Le signe pour "bois" n'est pas calligraphié s'il ne donne pas quelque part une impression de ressembler au bois. Et les signes pour "éphémère" (ce qui en chinois est une phrase plutôt qu'un mot - j'imagine que les signes chinois sont beaucoup plus correctes que "Sufi-zan") s'est alors très bien calligraphiée dans la neige. La mamie peut regarder, mais elle ne peut pas voler. Ling-Ling et son compagnon de voyage professionnel (et cuistot moins professionnel) en est témoin.

Un compositeur ou un écrivain ne produisent pas un exemplaire uniquement pour l'exemplaire, mais pour qu'il soit reproduit. Si un exemplaire est exposé dans le public ou s'il est reproduit, dans les deux cas l'auteur veut que l'idée exacte de l'œuvre - le texte exacte ou la partition ou tablature exacte - soient transmise au grand public. Normalement, sauf indication contraire, très ouvertement.

C'est fort probable que tel ou tel proche de moi voudrait bien collectionner mes partitions. Pour les manuscrits ça ne me gêne pas du tout. Mais si la suite est que par exemple telle partition ne soit pas complêtée (la première version de mon troisième quatuor à chordes) ou que la partition ne soit pas scannée après être complêtée (pas mal de mes sonates/sonatines pour violon) et ensuite le scan visible sur la toile, ça me gêne, raisonnablement.

Ça me gêne dans la démarche civique - par exemple de donner l'exemple que la musique aujourd'hui peut être écrite à l'ancienne (un peu comme Appolonius de Rhodes voulut prouver avec Argonautica que l'art épique n'était pas perdu avec le décès d'Homère), par exemple de donner un répertoire à des jeunes musiciens aspirants, moins déjà investi que celui de Mozart, mais également écoutable (ce que je crois avoir réussi avec la plupart de mes compositions), et, quand aux textes, de répandre les idées que je pense être véritées et nécessaires, sinon pour chaque âme (c'est à l'église de le décider et je ne suis pas évêque) au moins pour justément notre époque (dont j'ai quelque expérience très réaliste, parfois même triste).

Ça me gêne aussi par le fait que je me trouve trop mal payé si les réproductions de textes et les performences publiques de musique sont écartées de mon œuvre. Surtout que ma situation de pauvre semble comprendre un apprentissage (au moins de la part de certains) un peu semblable dans les déconforts aux situations de la très jeune Ling Ling, mais je ne suis plus très jeune et je n'ai pas demandé un apprentissage militaire. Ma propre démarche est de laisser la liberté aux exploiteurs de mon œuvre de me remunérer ou non selon les possibilités (ainsi les jeunes et pauvres ne sont pas écartés, ni ceux dont le pays n'admittent pas de payements en France, si tel sera le cas). Si la liberté que j'avais ainsi donnée avait resté "porte ouverte" comme je l'ai voulu, j'aurais probablement déjà eu des exploiteurs dont un nombre qui me remunèrent volontairement pour mon boulot d'écrivain et de compositeur. Juridiquement il n'y a pas eu de fermeture, mais intimidations morales "ne faites pas ça, vous ne savez pas s'il a le droit" ou ce genre ou encore désinformation genre "s'il vous a donné le lien dans les mains c'est qu'il veut que vous le gardiez pour vous" (ce qui n'a jamais été mon intention: si je ne peux pas obliger quelqu'un qui me trouve bidon de répandre tel ou tel blog ou message de blog ou partition scannée sur message de blog, au moins je n'ai jamais voulu empêcher ceux qui me trouvent bon de repandre ce qui leur plaît le plus ouvertement possible).

Hans-Georg Lundahl
Bpi Georges Pompidou
Ste Lucie, Vierge et Martyr
13-XII-2012

PS: autre critique sur ce lien ci:
http://www.planetebd.com/bd/bamboo/ling-ling/les-lanternes-roses/14509.html

1 commentaire:

Hans-Georg Lundahl a dit…

"le plus ouvertement possible"

Pour les compositions j'ai fait des exceptions à cette règle, voir les conditions.

Conditions pour exploiter ma musique

...et mes textes.