mercredi 20 novembre 2013

Sera-t-il traduit an Braid Scots et en Gaélique d'Écosse? Et trahit on les auteurs morts en reprenant leur personnages?


Il y a eu cette amusante habitude de traduire certains albums non seulement dans les langues nationales, mais même en langues régionales. Les lauriers de César est par exemple traduit dans le dialecte Moselfränkisch (Franconien de Moselle, de la région originaire de Clovis), seule langue germanique de ma connaissance où pour se remercier on dit "Märzi!"

Si ce sera le cas pour le nouvel album, j'aimerais bien le lire en Braid Scots - une langue germanique assez proche de l'Anglais, à différence du Gaélique, langue celtique.

Oui, je suis assez avide de lire chez les Pictes. Entretemps je vois un article de Francis Bergeron. Samedi 16-XI-2013, PRÉSENT.

Mais la parution de cet Astérix est aussi l'occasion d'ouvrir (ou de rouvrir) un éternel débat : faut-il accepter que les héros de papier échappent à leurs créateurs et soient perennisés par d'autres?


Bergeron évoque le cas d'Hergé qui avait interdit que son héro soit repris par d'autres (interdit pas toujours respecté, notemment quand à Dupond et Dupont par René Goscinny, « Jules César est arrivé en Belgique. — Je dirais même plus : Cules Jésar est arrivé en Gelbique »). Et il évoque les cas des héros continués. Si Tolkien - deçu ou horrifié de ce qu'avait voulu faire un adapteur en cinéma - avait opté pour une solution comme pour Hergé, son ami C. S. Lewis avait au contraire conçu sa Narniade comme un heptatyque et laissé des questions encore ouvertes mais encore aussi, à ses fans, encouragé de remplir les pièces qui manquent en écrivant à leur tour des histoires. Son héritier litéraire, Douglas Gresham (fils de la femme de l'auteur, mais depuis un autre mariage) vient de faire sortir The Giant Surprice par un fan qui peut-être n'avait pas compté sur cette honneur. Il s'agit des géants et de touille-marais. Il y a des milliers d'histoires sur le web, dont une où Lucy célèbre le premier Noël après la bataille de Beruna en Narnia, une autre où Edmund se trouve sur un bal et parle avec une fille (j'ai été tenté de faire venir cette fille aux obsèques des sept amis de Narnia : l'histoire était jolie mais avait peut-être pas compté sur le fait que dans La Dernière Battaille Edmund sera mort célibataire) et surtout toutes les histoires de la survivante, Susan Pevensie. Je viens d'augmenter leur nombre, comme on sait ...

Susan Pevensie a été trahie par un certain Neil Gaiman qui vient d'écrire The Problem of Susan. Douglas Gresham pourrait considérer que moi aussi je trahis la Narniade en faisant mourir les sept et les parents Pevensie (Susan devient orphéline aussi) rosaire dans les mains et scapulaire autour des cous ou dans les mains avant d'entrer (selon les livres) ces neuf personnes dans le pays d''Aslan (le ciel). Il est à différence de son père Pentécôtiste ou quelque forme d'Évangéliste. Et ces gens là ont des préjugés contre le Catholicisme y compris pré-tridentin (c'était moins le cas avec CSL). Mais le fait même d'écrire des histoires qui continuent la Narniade ne peuvent pas être une trahison, selon son auteur.

Mais d'un autre côté, et celui un côté certes apprécié par CSL, les héros sont de toute façon repris, pas toujours trahis. Les meilleurs histoires du roi d'Arthus étaient sans doute pas celles seules de Nennius. Cas un peu mal à propos, puisqu'il était assez certainement historique. Bien, quid de Hector? Certains trouvent qu'Homère aurait introduit Hector dans l'Iliade un peu comme l'image du brave et loyal soldat, un peu comme "le poilu", défendeur de sa ville, tel qu'il était typiquement, à part les individus connus. A-t-on fait tort (si cette théorie est vrai, ce qui est loin d'être sûr) à Homère? Et si Virgil n'avait pas pu reprendre Énée d'Homère? Bon, Énée ayant fort probablement historique, comme pour Arthus (roi ou duc, quel que soit le cas) il n'était pas vraiment un héro de papier.

Et Spirou et Fantasio ont même été améliorés par certains changéments d'auteurs et de dessinateurs.

Mais si Asterix aurait été trahi, je me demande si c'était pas plutôt par les scénaristes co-Uderzo post-Goscinny. Les deux parvenus d'espace dans un album, Le ciel lui tombe sur la tête, c'était un peu anti-américain plutôt que pro-français, excuses, pro-gaulois. J'espère que "chez les Pictes" fait mieux. Sans vouloir pourtant dénigrer tous les albums après Goscinny, j'ai bien aimé Le Grand Fossé.

Francis Bergeron fait une petite bévue à propos l'originalité de Goscinny et son type d'humour. Qu'il soit le premier en France, soit. J'en doute, je ne sais pas. Dans le monde, non, catégoriquement.

C. S. Lewis dans la Narniade (surtout le premier livre,* mais aussi le troisième**) et J. R. R. Tolkien*** dans Le Hobbit et les parties hobbitesques du Seigneur des Anneaux cultivent un humour "dans les mots, les anachronismes, dans les références culturelles" qui n'envie rien à Goscinny. Et ainsi dans l'étalage d'une forte érudition, il avait bien pu observer ça chez Tolkien (notons par exemple Farmer Giles of Ham, où il prend son érudition à la légère mais la montre quand même et assez beaucoup) - c'est d'ailleurs un "Asterix" patriotique et anachronique d'Oxfordshire avant (me semble-t-il) celui d'Armorique. Si on se prend aux calembours et aux situations issus d'un conflit avec l'administration, il avait ça (ou il aurait pu avoir ça) de Gilbert Keith Chesterton. Item la passion pour une petite bande de résistants contre la grande conquête ... voir The Flying Inn. Mais aussi quand il explique l'histoire (du Paganisme et de l'Évangile°, du Moyen Âge°° ou de l'Angleterre°°°), Chesterton est très astérixien dans le fait de comparer aux exemples parfaitement contemporains. Et Goscinny avait été à Nouveau York avant d'aller en France. Pompon et Modeste (est-ce Goscinny? n'est-ce pas Franquin? les deux?) même rappelle un roman de Chesterton.*°

Et P. G. Woodhouse et Lewis Carroll ont aussi cultive cet humour. Avant Astérix. Sans oublier Mark Twain et Oscar Wilde.**°°

Mais je dois à Goscinny de m'y avoir introduit quand j'étais très petit (1971 ou 72?), comme je dois à l'Écosse (1978) de m'avoir appris un peu mieux que les États (1977) l'anglais. Donc, j'aimerais lire Astérix chez les Pictes - en français et en Braid Scots. Non, je ne ferais pas cette traduction là, je ne le maîtrise pas.

Hans-Georg Lundahl
Bpi, Georges Pompidou
St Edme
20-XI-2013

* Le premier livre à apparaître, deuxième en ordre de lecture selon l'ordre chronologique du déroulement, Le Lion, la sorcière et l'armoire magique, laisse Madame Castor coudre sur une machine à coudre. Je viens de découvrir que "oh, I am such a bad faun" est une référence au faune dans la biographie des Sts Paul Premier Hermite et Antoine le Grand. Ce ne sont pas les érudits donc qui manqueront ces références culturelles - on peut voir Achéens et Assyriens (probablement, sinon Hittites) réfléchis dans les Telmarins et Calormènes.

** Le troisième à apparaître, cinquième en ordre de lecture, L'Odyssée du Passeur d'Aurore, fait beaucoup de vannes à la modernité branchée, plus avantgardiste que juste bobo.

*** Rappelons la faiblesse d'un Sam Gamgee (dont le nom est déjà une référence culturelle, renforcée par le nom de jeune fille de celle qui sera à la fin du roman sa femme) pour la patate ou celle de Gandalf et de tous les hobbits pour le tabac (Tolkien refusait d'y reconnaître forcément un anachronisme: les plantes auraient pu être présents dans le Vieux Monde [Terre de Milieu = Eurasie avec Afrique] avant d'y disparaître pour être réintroduits à partir du Nouveau Monde).

° Everlasting Man.

°° Ses biographies sur St François d'Assise et St Thomas d'Aquin, les chapîtres du Moyen Âge dans son Histoire abrégée d'Angleterre, et un peu partout.

°°° A Short History of England (1917)

Manalive

**°° Mark Twain surtout dans Un Yankee de Connecticut, Oscar Wilde dans Le Fantôme de Canterville. Les deux autres un peu partout. Dans P. G. Woodhouse ça prend plutôt l'air branché.

vendredi 15 novembre 2013

Donald Duck et ses neveux se prennent aux étoiles ...

Quand j'étais petit, je me souviens d'un des contes de Donald, que je lisais alors.

Géo Trouvetou invente un astronef à partir d'une poubelle. Donald et ses neveux y vont (ils font donc un vol spatiale canardé), ils arrivent à une exo-planète, où ils trouvent des dragons qui crachent du feu et dont ils retournent sur terre, vite, vite, vite.

Quel est l'élément de ce conte de l'univers Disney qui me parait ajourd'hui - isolé des autres, donc comme l'idée et pas comme élément d'un conte évidemment inventé - le plus sain? Quel serait le plus vrai?

L'existence des dragons.

Qu'on se rende compte que parmi les fossils dits "du Permien" ou "du Triassien" dans l'aire Beaufort dans le Karoo en Afrique du Sud, une espèce avait reçu le nom Dracocephalus* ... elle l'a perdu parce que d'autres l'avaient nommée (présente dans un autre fossil, sans doute, autre part) autre chose. Mais l'image du crâne d'un Dracocephalus correspond très bien à ce que les Vikings montaient en haut de la proue des escheiz.

Après, deuxième élément très vrai, la dangérosité profonde du vol spatiale habité audelà de la Lune** - quoique je ne crois pas que des dragons seront là.

Hans-Georg Lundahl
Bpi, Georges Pompidou
St Albert le Grand
15-XI-2013

*Clelandina scheepersi = Dracocephalus scheepersi Brink & Kitching, 1953 (je ne trouve plus l'image sur quel site il était). Mon article après cette récherche est de toute façon Creation vs. Evolution : Searching for the Cretaceous Fauna (with appendix on Karoo, Beaufort)

**Un argument est abordé qq part sur l'article deretour : "Moontruth"? Why?

lundi 28 octobre 2013

Amanchu

Il y a des choses que la BD européenne n'essaie pas très souvent de faire, et le manga le fait déjà et le fait bien.

Je viens de lire volume 1 de la traduction française. L'ouverture avec la grandmère et la soupe de porc pourrait possiblement ouvrir un roman graphique par Pratt (genre Malto Cortese), pourvu que les gens qui en profitent soient des vieux soldats de fortune qui se prennent un repos bien mérité mais rare.

Il n'y en a rien. Celles qui en profitent sont deux filles adolescentes. Le lendemain elles vont au même lycée.

Elles partagent la passion pour la plongée.

Et voici le clou: le manga Amanchu est un roman sur ... la plongée. La différence entre combinaison sèche et combinaison humide est abordée quand les deux filles entrent au club de plongée sans y être autorisées.

La semaine prochaine c'est la pression d'air. Les bar, le volume d'air (par masse), comment l'équilibrer, comment ne pas éclater les poumons en montant, tout ça est abordé et il y a un tableau noir avec les bar marqués (pendant plus d'un image) et les bulles avec les explications pour les trois méthodes d'équilibrer la pression (avaler de la salive, bouger le machoire de droite à gauche, tenir le nez et ... zut, je dois vérifier: fermer la bouche et tenir le nez et souffler).

profondeurpression extérieurevolume d'air
0 m1 bar1
10 m2 bar1/2
20 m3 bar1/3
30 m4 bar1/4
40 m5 bar1/5


Et quand on déscend, pour ne pas être "aplati comme une crêpe", on prend de l'air. Quand on monte, on souffle pour n'en pas avoir trop de l'intérieur, comme dit. Mais d'une manière ou d'autre, le manga reste bien lisible tout en restant une pédagogie pour la plongée. J'imagine que l'auteur l'a fait aussi pour d'autres manga, il est très aquatique.

Moi? Non, je n'ai pas essayé. Avant d'essayer quoi que ce soit d'ici, demandez l'avis d'un vrai plongeur, et s'il trouve que cet article a bien capté, c'est que Kozue Amano n'en est pas juste un bon plongeur lui-même une bonne plongeuse elle-même*, mais aussi quelqu'un qui sait instruir tout en faisant le manga.

Hans-Georg Lundahl
Bpi, Georges Pompidou
St Jude Thaddée
28-X-2013

PS, c'est vrai qu'on apprend aussi l'importance d'une masque bien mise. On la met mal, on prend de l'eau. Comme avec la masque à gaz dans le militaire, on la met mal on peut prendre de lacrymogène ...

*Voir commentaire par un lecteur!

jeudi 24 octobre 2013

Note à propos le nouvel Astérix

Je ne l'ai pas encore lu, mais il y a eu des extraits dans metronews ce matin. Il semble que l'Écosse était plus riche en poisson qu'en sangliers, selon une annonce que j'avais vu autre part.

Comme musicologue je souris un peu à propos les trois Bardes Pictes qui semblent chanter du rock'n'roll pas le moindre à propos les gestes, le volume (désigné par le gras et les grand lettres) et un texte qui rappelle "Rock around the Clock".

Il s'agit de "rocs autuuur du loch". Avec "autur" au lieu d'"autour" comme référence au dialecte de Liverpool.

Le problème du point de vu réaliste et historique - qui n'est pas du tout le point approprié pour Astérix, entre-temps je m'en suis rendu compte - est que ce style est impossible avec les instruments qui étaient accessibles à l'époque.

Même avec les instruments dépictés (une tambourine et une cornemuse n'existaient pas à l'époque), avec comme instrument principale la harpe, on arrive plutôt à quelque chose de mélodique et de moins rock.

Ce qui nous enseigne biensûr qu'Astérix n'est pas réaliste, l'exaggeration et l'anachronisme (avec références contemporaines) est plutôt de rigueur.

N'empêche, je lirais avec plaisir le jour où ça sort dans les bibliothèques.

Hans-Georg Lundahl
Bpi, Georges Pompidou
St Raphaël Archange
24-X-2013

mardi 22 octobre 2013

Laser Ninja - les déceptions

Un peu deçu du personnage du père qui traverse une "crise existentielle" (pas mon truc) et néglige sa femme et sa fille (pas mon truc non plus de faire ça).

Un peu deçu aussi qu'on abuse le concept de pénitence et de vie d'hérmite pour peindre une crise existentielle comme ça en des couleurs plus drastiques. Ça aurait pu être mon truc si j'avais été un homme moins charnel et douillonnet./HGL

mercredi 28 août 2013

Il n'a plutôt pas dit: "puisse le ciel agréer au moins l'humble obéissance du soldat!"

Voici d'où vient cette citation suspecte:

Bande Dessinée sur Cathelineau
à lire avec circonspection et méfiance!
http://fr.calameo.com/read/000041833153b35c1149a


Il importe ce qu'on attribue aux saints!

Si je voudrais faire dire à St Maximilien Kolbe (que celui qui le canonisa fut pape ou non, je ne doute pas de sa sainteté) que les Juifs pourraient bien sauver leurs âmes en restant Juifs, il me causerait peut-être quelques soucis à propos l'entrée au ciel. Il est assurément en ce que Saint Paul appelle le nuage des témoins, qui regardent nos vies. Il ne me pardonnerait pas une telle bêtise. Donc je ne lui ne ferai pas dire ça.

Bon, il y a une bande dessinée à propos Cathelineau. On l'appelle aussi le Saint d'Anjou. Coline Dupuy et Régis Parenteau-Denoël ont co-écrit une bande dessinée sur Cathelineau, et sur la première page dessinée je vois un texte par Coline mis dans la bouche d'un Cathelineau dessiné par Régis.

"puisse le ciel agréer au moins l'humble obéissance du soldat!"

La phrase est-elle historique? Sait-on bien que Cathelineau avait du bon espoir pour ceux qui attaquaient la Vendée et refusaient de se soumettre à l'Église? Dans quelle biographie (non genre bande dessinée romancée mais genre biographie historique) l'a-t-on lu?

Car je crains fortement ou je suis plutôt sûr que la phrase est parfaitement ahistorique comme elle est hétérodoxe. Un malfaiteur qui obéit aux ordres d'un régime de malfaiteurs n'est pas pardonné parce qu'il a considéré avoir fait son devoir à un régime de malfaiteurs. Comme l'étaient ceux qui attaquaient la Vendée.

Mais un prêtre genre Vatican II a bien pu imaginer telle chose. Et telle fut peut-être aussi la théologie morale des Templiers quand à leurs rites d'initiation où un nouveau chevalier par obéissance désacrait la croix. Cette obéissance ne plaît pas à Dieu. Il faut obéir plutôt à Dieu qu'aux hommes. Et massacrer la Vendée n'est pas dans la loi divine.*

Je ne connaissais pas le fait que le 14 juillet était la date du décès de Jacques Cathelineau. Et je ne sais pas s'il faudrait porter plutôt noir comme pour les morts ou rouge comme pour les martyrs ... excusez, il n'ets pas mort en battaille et même la mort en battaille même pour un saint ne constitue pas un martyre.

Voici une info sur les chefs de Vendée beaucoup moins suspecte:

Chefs Vendéens et Bretons durant la Révolution
http://www.infobretagne.com/vendeen-breton.htm


Hans-Georg Lundahl
BpI, Georges Pompidou
St Augustin d'Hippone
28-VIII-2013

*J'ai eu le chagrin de trouver un exemplaire de Kant placé stratégiquement dans la bibliothèque. Gilbert Keith Chesterton ou Hilaire Belloc disait ce qu'il fallait sur les Prussiens quand il notait que ces pauvres âmes païennes n'avaient qu'à peine le temps de devenir Catholiques comme ordonnés par l'Ordre Teutonique avant de recevoir le contreordre par l'Ordre Teutonique sécularisé (il y a eu aussi partie de l'ordre demeuré fidèle à la foi, mais pas en Prusse) de devenir Protestants - "ce qui explique pas mal leur conduite de la suite". Et Kant était, comme on sait, de Königsberg. Et Eichmann était, comme on sait aussi, admirateur de Kant. (Kant, Immanuel Kritik der reinen Vernunft. 1827 - se trouve sur jusque les dernières éditions de l'Index des Livres Prohibés. Pour cause. Je m'étonne de ne pas y voir Kritik der praktischen Vernunft à côté, mais l'édition de 1827 peut-être comprenait les deux autres critiques aussi?)

samedi 15 juin 2013

Moulinsart à secours!

Demain des Tsigans devront quitter une commune d'Yvelines où ils ont eu des soucis avec des paysans qui veulent les persuader de quitter des lieux avec de la lisière.

Je ne connais pas l'arrière-fonds de cette histoire, je ne connais pas les griefs de ces paysans, s'ils sont bien ou mal fondés.

Par contre, un aristocrate ou autre possesseur de château qui voudrait pour quelque temps les accueillir, comme capitaine Haddock à Moulinsart (vous savez les Bijoux de la Castafiore) leur serait peut-être très utile.

Hans-Georg Lundahl
Mouffetard / Paris
Sts Guy, Modeste et Crescence
15-VI-2013

mercredi 5 juin 2013

Le faiseur d'or (Spirou et Fantasio)

Mon premier Spirou et Fantasio était heureusement aussi le premier de Jean-Claude Fournier aussi. Le Faiseur d'or.

Je viens de le relire ce soir.

Prenons le fait que le Comte de Champignac s'appelle Pacôme - après St Pacôme le premier cénobite, disciple de St Antoine. Origines bretonnes obligent.

Le Moyen Âge est évoqué, à travers Nicolas Flamel et avec le Castel Maudit. Non sans le petit gnome, quoiqu'il est une illusion fait par une technologie ... qui n'existait pas au Moyen Âge.

Après avoir entre temps lu les aventures où Zorglub est méchant, le Moyen Âge et le Christianisme est aussi évoqué par sa conversion au bien.

Mais il y a aussi le tout contraire de ceci, un certain Maire de Champignac.

Savourons l'éclat de rire à sa dépense quand il doit renoncer à tenir le discours en personne et le fait par un enrégistrement, que Zorglub et Pacôme ont truqué (je ne recommende pas ce genre de falsification des mots d'un autre auteur, biensûr):

" ... tels une fière cohorte poil à l'aorte, arborant médailles et trophées, immoler sur l'autel du modernisme les archaïsmes ..."


Ce genre de personnage, inimical au Moyen Âge, se retrouve aussi dans Lycksalighetens ö - L'île de la Félicité - par Per Daniel Amadeus Atterbom: dans la quatrième aventure, qui traite du retour du roi (bien avant que Tolkien se met à ce thème), le seul à parler en prose plutôt que dans le vers usuel de ce drame est un bureaucrate.

Malheureusement, aujourd'hui, le maire de Champignac et ce personnage antipathique de L'île de la Félicité, ne sont pas que des fictions: quoiqu'ils le soient en eux-mêmes, ils se retrouvent très applicables à certains personnages d'avantage connus dans les actu. Au moins autant que le prétendu nombre "i" se trouve applicable à des réalités dans l'électricité.

Mais juste là, il est d'une grande providence que c'est aujourd'hui que je relis ce premier Sprirou, et que je le lis en français.

Bonne lecture ou relecture, vous souhaite:

Hans-Georg Lundahl
BpI, Georges Pompidou
St Boniface et
St Sanche de Cordoue
5-VI-2013

vendredi 10 mai 2013

Les Enfants de Capitaine Grant, Jules Verne, Alexis Nesme

Je n'ai pas lu ce livre comme enfant. J'avais demandé, je n'ai pas eu. Je remercie mon grandpère, posthumement, de m'avoir permi de le lire pour la première fois comme adulte. D'ailleurs, je n'ai que lu le tôme 1.

Il y a des réflexions qui se présentent.

Karl May était un peu le Jules Verne allemand (il était aussi francophile et déplorait les abus de leur victoire de 1870). Mais il était plus ou moins tout le temps en train de réécrire ce roman, dans à peu près tous les siens! Que les tours vont en Espagne et Mexique (avec hélas un côté prorévolutionnaire, pour Juarez, contre les Carlistes, que voulez-vous, il était Protestant), ou en Turquie, Wild West et Sibérie, ses héros sont toujours en train de chercher un membre de famille disparu et parfois réputé mort. Mot clef: "je ne crois pas au mort de qui-que-ce-soit, avant de voire son cadavre".

Autre, Alexis Nesme a réussi l'adaptation très bien. Le concept avec des animaux aurait pu être douteux, il l'a réussi.

Autre encore, Tolkien semble l'avoir lu, voire l'ascente de la Cordillère et comparer Caradhras. Les trois textes dans le Secret de la Licorne impliquent que Georges Remi l'avait lu aussi.

Autre encore, Jules Vernes vivait dans l'époque coloniale, mais ses voyages sont assez souvent en dehors les colonies de France. Façon discrète de se distancer sinon du colonialisme en global au moins de certains aspects?

Encore une autre. L'histoire peut être lu en partie comme une allégorie du récherche du savoir. Une bouteille se trouve fortuitement dans l'estomac d'un requin-marteau. Il y a trois variantes du texte, en trois langues, mais chacune partiellement effacée (ne soupçonnons pas de la Ringparabel du Lessing, ça serait théologiquement triste, car la vérité reste accessible en entier, ou à des très petits détails près, dans une même tradition, la catholique!), il faut les ajouter l'une variante à l'autre, enfin il y a au moins un malentendu qui ne sera pas éclairé qu'une fois une expédition futile faite dans un sens qui n'est pas le bon, néanmoins cet échec n'est pas sans bons fruits, car on y verra le savant Paganel (qui lui aussi avait pris la mauvaise direction, il s'était trompé sur le train à prendre). Tel était à peu près l'idéologie du savoir à l'époque. Une idéologie qui excluait la vérité fixe donnée et bien comprise en avance (Ringparabel et Lessing semblent se présenter, hélas, mais Karl May était aussi pire comme théologien que comme romancier).

Finalement, va-t-on bien regagner capitaine Grant bientôt en Australie ou Ulimaroa? On verra./HGL

jeudi 25 avril 2013

Emmanuel Roudier: Néandertal

J'ai le avec assiduité comme enfant Rahan (par Lécureux, comme je viens de découvrir). C'est très vrai que l'homme est toujours pareil et que la population Cro-Magnon (imaginé par un autre bédéiste comme ayant vécu il y a 20.000 ans, par les créationnistes de nos jours souvent comme après la tour de Babel à une époque où l'athmosphère avait moins de carbon 14 ce qui donne des datations radiocarboniques trop vieilles) contenait forcément des types comme on les rencontre aujourd'hui. Chez Rahan, il y a un type qui est comme ça (ou qui est plus exactement un adhérent à la philosophie des lumières avant le mot) qui se trouve parmi d'autres, tellement plus enfantins ou méchants que lui-même, avec quelques exceptions qu'il rencontre tard. Rahan, évidemment. Le héro éponyme de la BD.

La population moustérienne aussi a été à son époque une population humaine. Chez Roudier on le sent très bien. Et chez lui ce décalage quasi colonial de Rahan par rapport aux autres n'est pas là. Le héro et les méchants sont frères, ils partagent plus ou moins les mêmes croyances. Ce sont même les frères méchants qui se trouvent un peu plus skeptiques, parce qu'ils préfèrent croire en leur propre ruse et force. Son clan (et pourquoi ce mot gaélique qui désigne une autre chose dans les Pays Hauts d'Écosse?) et les autres autour sont un peu comme les tribus amérindiens ou peut-être australaborigines. Le héro comme les méchants ne se décalent pas trop. C'est même - si on vient de Rahan - un peu un déni de l'individualisme, de la possibilité de se décaler par rapport aux autres.

Je ne sais pas quelles étaient les possibilités d'être individualiste parmi les gens qui étaient fraîchement dispersés de la tour de Babel. Possiblement moins que chez les Hébreux, où on verra bientôt Abraham, et moins même que parmi les Grecs où Orphée, Hercule, et tant d'autres remettront la personne individuelle au premier plan comme, évidemment, beaucoup plus humains que la culture Achaïenne, si on devra croire Hector Munro Chadwick à propos l'âge héroïque* de la Grèce. Parce qu'ils étaient devenus païens, et le paganisme étouffe la liberté individuelle.**

Je ne sais donc pas combien on doit voir l'intégration du faible héro (ou il est fort dans les bras, mais estropié des jambes) dans les croyances plus ou moins probables chez les Néanderthaliens s'ils étaient là avant tout civilisation répérable comme tel, selon les évolutionnistes*** un déni de l'individualisme ou un souci du réalisme de la réconstruction historique.

Son originalité rahanique par rapport aux autres s'exprime plutôt dans son affection pour une louve dont personne d'autre ne veut. L'ancêtre des chiens domestiqués (ou d'une de leurs lignées) selon la réconstruction de Roudier. Il n'est pas un Léonard de Vince ou un Pascal ni non plus un Yankee de Connecticut masqué en tels qui invente les choses après les choses. Son tribu va connaître une technologie croissante, mais grâce à la décision de tel ou tel autre tribu (chez Roudier désigné comme clan!) de partager celle qu'ils ont déjà. Grâce à sa diplomatie, non à son génie. C'est un trait très sympathique.

L'histoire, quasi une histoire héroïque, mais sans la fin sombre, donc un peu hollywoodisée, si on veut, est une histoire de revendication vis-à-vis des harcéleurs, intercroisée d'une histoire de révanche obligée (avec un fratricide et une expulsion d'un frère comme ingrédients sombres), intercroisée d'une quête de la technologie des autres (une certaine lame faisant envers le bison, ce que la force humaine nue ne peut pas, et - justement - il ne possède pas cette technologie dans son propre tribu), intercroisée d'histoires de bon accueil, intercroisées d'une histoire d'amour. Je ne veux pas trop dévoiler, je vous laisse découvrir, ça se dévore vraiment, je viens de lire les trois albums (car Néandertal est un triptyque) en une session.

Une fois que j'ai lu et aimé l'histoire, j'ai aussi un sens critique. Notemment en linguiste. Rahan était compris partout où il arrivait. Qu'il croise les océans, il est compris à l'arrivée. Il n'a jamais besoin d'apprendre une nouvelle langue. Dans le scénario biblique° ceci aurait été exclu par le fait de se dérouler après la tour de Babel.°° Dans le scénario évolutionniste ça aurait été exclu par la lenteur de la dispersion humaine qui aurait entrainé des évolutions linguistiques très notables bien avant Rahan.

Le problème linguistique semble à première vue résolu par le fait que tous les "clans" - ou petits tribus ou grandes familles plutôt - sont voisins dans une très petite aire. Mais alors, comment expliquer qu'ils ne partageaient pas aussi la même culture, qu'ils gardent avec jalousie les sécrets technologiques, les uns des autres, qui sont pourtant si peu dispensables pour rendre une vie si rude un peu moins difficile? Surtout que les mariage "entre les clans" doivent ne pas avoir été les premiers, puisque le mariage dedans un clan était interdit. Le héro ne peut pas et ne pourra pas de suite non plus, épouser sa cousine si sympa. Donc, dans cette aire, il doit y avoir eu des interchanges très fréquents avant, donc une telle réserve comme entre les entreprises (Coca et Pepsi gardant jalousement leurs secrets de fabrication les uns envers les autres) paraît non juste mesquine mais idiote.

En fait, on comprend cette situation presque mieux si on part du scénario biblique d'après le déluge: en tel aire de la France des hommes dont les arrière-grands-parents avaient quitté Babel ont pu se construire une diplomatie malgré les frictions hérités de cette époque, avec déjà une langue commune acquise (par les mariages "entre les clans" sans doute), mais encore des secrets gardés par rancune et par l'ambition de les utiliser pour reprendre le dessus comme avant Nimrod avait fait autour de Babel. Je ne crois pas que ce soit le plus bibliquement correcte, je crois que la postérité de Iavan tenait ensemble et celle de Togorma aussi, mais c'est possible au moins à titre d'exception.

Pour dire vrai, je ne suis pas du tout sûr que Roudier ait cru cette situation comme en elle-même très probable, il a bien pu la construire comme juste suffisemment probable pour le but de donner une leçon de morale aux contemporains. Car, juste à la fin, vient la décision, sans doute salutaire, de se partager les savoirs technologiques des quatre tribus: celle du héro, celle où il trouvera la lame, celle où il trouvera sa femme (et qui détient le secret médical) et celle où les hommes savent bien la lutte libre. Bonne leçon aux entreprises inscrites à Wall Street avec leur brevets. Peut-être encore à d'autres.

Les trois des quatre ont auparavent fait alliance contre une cinquième tribu, les "croque-morts", des gens qui font le cannibalisme. C'est très réjouissant de la part de Roudier, vu qu'il y a une évidence que le cannibalisme ait été pratiqué à l'âge de pierre, qu'il en fait une exception culturelle, horrible pour tous les autres, détestable comme les Cathars étaient détestables aux yeux de nous Catholiques. Notre héro devient donc un peu un Simon IV de Montfort-Amaury (également de Leicester), après que des femmes aient fait figure de Pierre de Castelnau. J'apprécie beaucoup.

Hans-Georg Lundahl
Nanterre, BU
St Marc Évangéliste
25-IV-2013

*Hector Munro Chadwick: The Heroic Age (1912)
http://archive.org/stream/heroicage00chaduoft/heroicage00chaduoft_djvu.txt


** Grèce pré-chrétienne était évidemment en certains contexts une exception. Pas en tous, qu'on se souvienne d'Antioque Épiphane qui voulait forcer la conscience des Juifs à intégrer l'idolâtrie. Et du procès de Socrate, et du fait que certains cas notables étaient déjà très sévèrement punis: Hippolyte, Antigone. J'ai eu un professeur de Grec Ancien qui était lui-même tellement anti-individualiste qu'il considérait qu'Hippolyte mérait d'être malheureux par son refus "agan", "trop poussé", d'adorer Aphrodite. Et ses mots peu respectueuses devant son père pendant une querelle. Mais alors il n'était pas exactement un intégriste, ni de sa confession "formelle" luthérienne, prévalente chez nous, ni du Catholicisme.

***Moins probables s'ils étaient juste deux ou trois générations après d'avoir assisté aux bâtiments de Babel sous Nimrod. Mais telle n'est pas la perspective de l'auteur évidemment.

°Qui est un peu exclu des "âges farouches" de cet auteur. Dans le scénario biblique les gens avec une telle technologie sont des robinsonades contemporains avec des gens qui ont gardé un peu plus, que ça soit avant le Déluge avec Nod ou après plus proche de Mésopotamie. Si Lécureux avait envisagé des choses comme ça, Rahan en tant que voyageur superulyssien les aurait rencontrés. Et en plus, les robinsonades auraient gardé la mémoire de la technologie perdue, sinon une mémoire suffisant pour la faire revivre directement, au moins une mémoire générale. Le luge et la fronde et le filet de pêche et le hameçon n'auraient pas tous été des découvertes ou inventions quasi fortuites. Notons que si l'archéologie peut bien regarder dans les excavations quelle était la technologie immédiatement accessible aux hommes de Tayac les Eyzies ou du Moustier dans la vallée de la Vézère, ceci ne détermine pas avec quelle technologie ils avaient un rapport par mémoire ou par rumeurs des contrées lointains.

°°À supposer que ces créationnistes aient bien positionné l'âge de pierre par rapport à la chronologie biblique.

mardi 2 avril 2013