lundi 4 juin 2012

Quand je pense que je crus que cet imbécile voulût jongler avec son stylo! - Oui, nous fûmes naïfs...

Ironie réussie? Oui.

Bonne contenu derrière?

  • Le professeur qui, souffrant de la présence des élèves point du tout passionnés par le sujet, prit le chômage comme argumentum baculinum;
  • Les élèves, visiblement blasés qui, ayant appris le sujet, néanmoins en voulurent au professeur pour ne pas avoir préféré le leur: jonglage du stylo;
  • La réduction du passé simple et de l'irréel du présent (ou subjonctif de l'imparfait servant de l'irréel contemporain du verbe principal) à la position peu enviable du sujet dévalorisé par cette situation.


Si les deux premiers éléments du Kid Paddle* relèvent de satire assez bienvenue sur le système des écoles publiques gratuites, mais hélas aussi obligatoires et laïques, dont l'obligation entraine la présence des élèves point du tout passionnés par le sujet, encore la présence de tel sujet comme marque de ringardise ou de bureaucratie de la langue écrite (selon l'estime de l'auteur), en occurrence la grammaire, n'est pas sans effets sécondaires néfastes.

Qu'un futur mécano assez typique** pense l'école ringarde et la grammaire des vieux textes plus ringarde encore n'est pas incompréhensible. Qu'un futur mécano assez typique juge l'école obligatoire comme une ringardise n'est pas injuste. Qu'il s'élève par là au rang de juge des élèves qui se passionnent pour la grammaire, parce qu'ils se passionnent pour des textes bien écrits, voilà l'injustice, et encore en juges du professeur pour s'y être déjà intéressé: par honte il y a un soupçon que l'auteur de Kid Paddle par ses bulles cette fois y contribue, et je ne peux pas exclure que ça soit volontairement./HGL

*planche 454, par Midam, Spirou Mag n° 3867, p. 51
**Je ne veux pas priver les mécanos ou futurs mécanos du droit d'avoir interêts litéraires, mais ce n'est pas typique, selon mon expérience limité des mécanos.

lundi 21 mai 2012

Les Ignorants

Sous-titré: Récit d'une initiation croisée.

L'auteur a vécu un an à côté d'un vigneron, ils se sont rencontrés les collègues les uns des autres. Je suis quelques pages de la fin. Je peux dire de cette BD comme l'auteur disait de Maus par Spiegelmann:

Il fait partie des bouquins qui rassurent: si on peut faire ça en Bande Dessinée, ça vaut le coup de s'y consacrer sérieusement.


Sur Moebius et son alter égo derrière Blueberry, je suis plutôt d'accord avec le vigneron. Mais ce n'est pas parce qu'un auteur surestime ou sous-estime un autre qu'on doive le sous-estimer: je lis Tolkien malgré son sous-estime du Monde de Narnia par C S Lewis, donc on lit Davodeau sans états d'âme malgré son surestime de Moebius.

C'est vrai que goûtant quelque chose en ignorant les codes de la branche on peut arriver à des conclusions surprenantes pour ceux qui les connaissent: le vigneron qui n'aime pas Moebius ou l'auteur de BD qui préfère un vin pas cher à un vin que les connaisseurs posent au sommet et paient de 20 € la bouteille. Ceci est un des points de sens moral de cette BD.

Mais sans oublier toutes les petites leçons qu'on a sur les deux métiers. Quand le vigneron met du silice sur les feuilles, 30 g. par hectare - on prend d'avantage on brûle la vigne. Ou quand le bédéiste se met trop proche d'un cep en décavaillonnage. La raison trop pertinente pourquoi je n'aimerais pas être vigneron: si on est maladroit on risque de beaucoup gâcher. Sur le papier ou la claviature d'un ordi on peut reprendre le coup, dans les vignes non.

Ou quand le vigneron découvre que le papier choisi par Davodeau est un peu comme le tonneau choisi par lui-même. Une neutralité active et bienveillante est recherchée dans les deux cas.

Et cette préférence dans le Jura pour un vin qui est vraiment bon pendant six mois - ça me rappelle les Heurigens de Vienne. Un ami de mes grand-parents et surtout sa femme ont été mes amis pendant l'enfance. Lui c'était un vigneron-bariste: là on sert le vin qu'on cultive un-même. Côté restau on peut y amener à manger ou demander sur place, mais on prend le vin qu'il y a (ou pour enfants: limonade, il y en a qui combinent les deux).

Mon très haut estime pour Richard Leroy, donc, et pour ses collègues au Jura. Ainsi que pour leur documentateur doué de plume, Étienne Davodeau. Et surtout un souhait de bonne lecture, car mes quelques lignes sont loin d'épuiser les 260 et quelques pages!

Hans-Georg Lundahl
BU-UPJV, Beavais
21 V 2012

jeudi 26 avril 2012

Le livre dont VOUS êtes le héro (non, pas comment parcourir, comment faire un autre)

Dessinez une carte ou un plan. Placez les monstres et les autres rencontres. Élaborez pour chaque noeud ainsi obtenu les possibilités, ceux qui dépendent des choix, de la chance (le lecteur ayant deux dés pour la calculer) ou des ressources déjà gagnées ou gardés pendant le périple.

Évitez de rendre possible deux tuéries d'un même monstre! : )

Autre méthode: partez d'une histoire déjà connue.

Dessinez le plan et les cartes sur lesquelles se déroule l'histoire.

Identifiez les noeuds - là où une autre chance, le manque de tel ressource gagnée, la perte d'un peu plus de stamina non récupéré ou un autre choix auraient changé l'histoire.

Détaillez les autres possibilités, y compris de s'en rendre compte sur le plan.

Faites d'autres fils d'histoire vers d'autres fins, comme - c'est souvent le cas chez Ian Livingstone - la mort ou la captivité. Ou quoique ce soit qui arrête l'aventure. Faites des possibilités d'arrêter les issues fausses et revenir à la bonne histoire - mais aussi plusieurs possibilités de la perdre.

Et pour chaque noeud ainsi défini, il y a une "page" de choix ou de double renvoie ("battez-vous avec les deux orcs, l'un après l'autre: si vous êtes vaincu allez à la page X, si vous êtes vainqueur des deux, allez à la page Y" ou "si vous avez un anneau allez à la page X, si vous ne l'avez pas à la page Y" ...), il y a des "pages" auquel ça renvoie, et en bonne fin du travail, les 400 "pages" doivent être bien mélangés pour que les deux conséquences d'un même choix ne soient pas évidentes en avance, ainsi que juste les "pages" 1 et 400 soient à leur bonne place chronologique. Notons que les "pages" sont souvent si courtes qu'il y en a deux ou trois sur la même page réelle du papier. C'est surtout le cas pour les "pages administratives" qui ne décrivent pas mais renvoient aux choix ou aux chances.

L'Introduction, où "vous" - maintenant je me tourne aux lecteurs - êtes introduit à l'aventure, doit soit faire partie de l'histoire déjà connue, soit être écrit un peu après les dessins de plan ou de carte.

Le grand hic avec l'écriture d'une histoire comme ça: soit "vous" êtes le seul être humain sur scène, soit "vous" faites "vos" choix mais "vos" interacteurs sont quasi programmés par l'écrivain. En plus: "vous" êtes obligé de "vous" identifier avec le "vous" de l'histoire.

Mais pour le roman écrit en II/(V) personne, rarissime à côté des romans écrits en I ou en III/VI personnes, ce n'est vraiment pas mal comme touche formelle!/HGL

J'avais lu une chose sur Julien Green ...

Si un jour je serais aussi lu que Julien Green, j'aurais peut-être le plaisir de me poser au bar café 1900 (son année de naissance et celui de mon grandpère) et lire The Horse and His Boy (paru un 6 septembre, sa date anniversaire et la mienne). Le Cheval et son Écuyer en est une traduction un peu fautive: d'abord High King est "Haut-Roi" - comme les Ard-Righ à "Royal Meath" - et non "suprême souverain" (un tître qui trahit le principe derrière le nom du palais royal de Narnia: Cair Paravel est Breton pour Chaire Inférieure, donc dépendant du divin), Corin est biensûr Corin et non à traduire "Corentin": le nom n'est pas un nom courant et vise d'être le diminutif de Cor, puisque en Archenland les frères cadets portent le diminutif du nom du frère ainé, et le diminutif finit régulièrement en -in (comme le -een/-ín de l'irlandais, mais sans accent).

Aujourd'hui je n'ai pas eu ce plaisir, mais je viens de regarder Die Landärztin, un film paru environ dix ans avant mon propre arrivée à Munich où j'ai visité ma première messe en latin, bien avant mon baptême. Peut on assister à une messe sans ni avoir encore l'usage de sa raison, ni être baptisé? Mais ma mère n'était pas trop étroitement protestante pour y assister, sans évidemment avoir le droit d'y communier à l'époque. Quand à elle, elle a été médecin assistant dans une région campagnarde de Suède, donc collègue de l'éponyme du film. Différence: elle était bien accueillie dès le début par la population. Elle finit par être trahie par ses collègues. Pour Petra Jensen, Med Dr, ça finit mieux, mais vraiment, avec éclat. Tant mieux si c'est basé sur un vrai récit de journal d'une demoiselle practicant la médicine au Tegernsee. Et sinon ... se non e vero e ben trovato.

Hans-Georg

lundi 19 mars 2012

Les Troubadours de Roc-à-Pic et le film Méchant Malade

Les Troubadours de Roc-à-Pic est la vingt-troisième histoire de la série Johan et Pirlouit d'Alain Maury (dessin), Yvan Delporte et Thierry Culliford (scénario). Elle est publiée pour la première fois sous forme d'album en 1995.


Les sections sont actuellement vides ... bon, ça ne fait rien, vu que j'ai lu l'histoire.

Les héros rejoignent et aident un héritier qui a promi son père de ne pas se battre pendant un an entier. Entretemps il est poursuivi par une bande de provocateurs.

Finalement il se trouve que ces maloutrus sont aussi les ennemis de son père et enfin il a une occasion juste de se battre.

Dave Buznik, un homme d'affaires vit en supportant mal les situations conflictuelles, tout en gardant son calme. Dans un avion, Dave a une altercation avec un autre passager qui dégénère. La juge chargée du dossier oblige Dave à suivre un programme de psychothérapie de gestion de la colère et de l'agressivité. Il y rencontre le Dr. Buddy Rydell qui va devenir son pire cauchemar.


Ceci est de Self Control ou Méchant Malade, le film - Anger Management en américain. Je croyais que Thierry Culliford avait copié le film par Peter Segal. Les dates démentes cette hypothèse: Roc-à-Pic est de 1995 et Méchant Malade de 2003.

Je vous cite une partie du synopse anglophone aussi:

When he does, she tells him that he has graduated from anger management. Linda then explains how she first approached Buddy while attending one of his anger management lectures and that everything that has happened was a setup for Dave's therapy; the Judge, the female flight attendant and the waitress were all friends of Buddy's and were part of the setup... except for the Air Marshal that shocked Dave with the taser, who was just another disgruntled passenger on the flight at the time.


Différence notable: les provocateurs dans Roc à Pic sont finalement des "vrais" méchants, tandis que les intrigues de Méchant Malade sont "juste" là pour aider le "méchant malade". Selon un programme quasi des douze étapes.

Bien, j'avoue que le film - que je n'ai pas vu, déjà les parties du synopse que j'avais lues en avance étaient trop dégueulasses pour moi - le film est encore pire.

Pourquoi? Parce qu'il prétend justifier le harcèlement quand il est fait pour un motif pédagogique, pour un motif thérapeutique, pour aider quelqu'un de s'adapter.

Déjà l'album Johan et Pirlouit est trop inférieur aux albums qui étaient vraiment de Peyo.

La méthode des douze étapes est une méthode maçonnique et syncrétiste. Elle répose sur un calvinisme ou nécessitisme - qui tamponne comme malades des gens qui soit sont juste méchants - buveurs - intoxiqués de drogues, soit sont même innocents des reproches, comme des malades. Ceci reste profondement vrai même si les gens qui la gèrent sont des catholiques, quand à leur confession.

C'est triste que Jack Nicholson qui jouait autrefois le type pas très nette mais finalement beaucoup plus humain que Nurse Ratched de One Flew Over the Cuckoo's Nest (Vol audessus d'un nid de coucou) joue aujourd'hui un psychiatre. Même en dehors des camisoles et des drogues.

C'est aussi triste que Thierry Culliford ait même frôlé la même idée. Mais au moins il récupère en finalement laissant les provocateurs payer leurs torts assez cher.

Quand aux idées derrière ce nécessitisme, elles sont vieux, elles ne viennent pas en première ligne du Coran, mais de quelque chose encore pire dans la culture mahométane (ou islamique si les musulman insistent): Averroës. Et puisque ce maloutru de la philosophie ait vécu il y a pas mal de siècles, il a aussi été condamné il y a pas mal de siècles. Entre autres par l'évêque de Paris Étienne Tempier.

Hier ça fait 735 ans selon l'occasion des temps de l'église: les dimanches laetare.

Si vous connaissez le latin, voici:

http://petitlien.fr/tempier
ou : http://petitlien.com/tempier

Hans-Georg Lundahl
BpI rue du Renard
lundi après laetare
St Joseph
19-III-2012

vendredi 20 janvier 2012

Quand trop c'est trop ...

J'allais rechercher sur le tître d'un Conan assez - trop - quand je me dis:

Ah, bon!

The People of the Black Circle
(dont je viens de commencer mais pas finir la lecture en traduction française)


It is also one of the few Howard stories where the reader is treated a deeper insight on magic and magicians beyond the stereotypical Hyborian depiction as demon conjurer-illusionist-priests.


C'est pour ça qu'il était trop barbare!

Effectivement, une scène d'un mourant en train de mourir par sortilège et anxieux sur sa prochaine incarnation, une scène d'hypnose très mortelle, et encore une scène de mise sous psychoanalyse magique avec le but de briser la fierté d'une personne, ça c'est trop Barbare.

J'allais autrement écrire un article que Schwarzi et Buscema, c'est pas si barbare que Howard lui-même, mais en effet, c'est même pas toujours que Robert E soit tout aussi barbare avec les lecteurs lui-même!

Mais enfin, les vrais barbaries de "Conan" (histoires), ce sont des barbaries magiques, et Conan (personnage) qui décapite les magiciens, lui il n'est pas trop barbare, par comparaison. Roudy, si. On dirait voyou en français. Mais ce n'est pas lui le plus barbare.

Conan comme son auteur - il s'agit des âmes naturellement chrétiennes, égarées dans un saleté de monde ésotérique et bouddhiste. Enfin du compte, Conan s'en tire un peu mieux que son auteur, c'est pour ça qu'il a été digne d'en trouver d'autres - comme, je viens de le dire Giovanni Natale Buscema (RIP) et Roy Thomas, et quiconque ait fait les scénarios pour Schwarzenegger. Quoique, malheureusement, Buscema et Thomas ont fait avec un autre artiste, une adaptation de cette histoire ci aussi.

Mais franchement, les Prophètes Noirs, leur façon de faire subir à Devi une psychoanalyse magique, trop c'est trop. C'est présque aussi écœurant que les Molochistes dans une série par Jacques Martin.

Hans-Georg Lundahl
George Pompidou/BpI/Paris
20-janv.-2012

mercredi 11 janvier 2012

Le songe d'Eichmann

Eichmann Kantien?

Je n'ai pas mal à l'imaginer. Quand je pense des fascistes inspirés directement ou à travers Unamuno ou Stendhal ou Sorel de Nietzsche, je pense plutôt aux beaux gestes: le vol de Gabriele d'Annunzio (bien que ça fait mal à mes loyautés autrichiennes), Franco se met dans la pluie des balles au Rif et il détourne la campagne pour sauver Mozcardó, les fasci di combattimento défendent les petits propirétaires ...

Effectivement: la salopérie de Kant se trouve mieux avec Eichmann.

Hannah Arendt a eu souci de défendre Kant. Ça dit quoi sur sa communauté?

Le Catholicisme a fermément condamné Kant. Avec des proto-Kant comme les Averroïstes ou certaines thèses de Luther. Onfray ne l'a pas compris. Dommage.

"Agis toujours de manière que la maxime de ton action soit érigible en principe de la législation commune" .... fumeux, tient pas compte des péchés, tient pas compte des cas de conscience, y compris, notemment, pour désobéir aux ordres injustes:

http://newadvent.org/summa/3104.htm#article5
Question 104. Obedience, Article 5. Whether subjects are bound to obey their superiors in all things?*


Mais il y a d'autres salopéries qui en découlent: tel réseau se posera peut-être la question si les actions de tel homme correspondent à ce principe, ils "décryptent" le maxime et ils l'appliquent à lui comme loi universelle au lieu des vrais lois**. Ou simplement des observations hystériques genre "si tous faisaient ça" si ce n'était pas le propos de l'acteur de tout.

C'est dommage, aussi, qu'Onfray eut pu penser même un moment que Kant donne la quintessence de la morale chrétienne "moins la rhétorique de St Sulpice" - il comprend assez bien l'esprit des protestants, des juifs, des franc-maçons et des musulmans peut-être aussi, mais pas le catholicisme.

39. The souls in purgatory sin without intermission, as long as they seek rest and abhor punishment.

40. The souls freed from purgatory by the suffrages of the living are less happy than if they had made satisfactions by themselves.*


Pensera-t-il que ces thèses, assez kantiennes, soient Catholicisme moins la rhétorique? Qu'il repense: c'est de la Bulle Exurge Domine, des thèses de Luther (au nombre de 41 parmi les 95 de 1517 et les 97 de quelques ans en avant) condamnées par Pape Léon X. Or, si on condamne une chose, ce n'est normalement pas parce qu'on en partage la pensée.

Onfray a lui-même noté qu'Eichmann était protestant. Le "présuppositionnisme" du Calviniste Van Til ressemble pas mal aux "postulats" kantiens.

Hans-Georg Lundahl
Mairie du III
11 janv. 2012

*Excusez l'anglais, mais la francophonie d'internet a un vrai déficit des bonnes choses catholiques en ligne. La documentation pour Exsurge Domine fut trouvée par l'article wikipédia - français. La voici: http://www.papalencyclicals.net/Leo10/l10exdom.htm
**Vrais lois divines et éternelles ou vrais lois humaines.