mercredi 20 novembre 2013

Sera-t-il traduit an Braid Scots et en Gaélique d'Écosse? Et trahit on les auteurs morts en reprenant leur personnages?


Il y a eu cette amusante habitude de traduire certains albums non seulement dans les langues nationales, mais même en langues régionales. Les lauriers de César est par exemple traduit dans le dialecte Moselfränkisch (Franconien de Moselle, de la région originaire de Clovis), seule langue germanique de ma connaissance où pour se remercier on dit "Märzi!"

Si ce sera le cas pour le nouvel album, j'aimerais bien le lire en Braid Scots - une langue germanique assez proche de l'Anglais, à différence du Gaélique, langue celtique.

Oui, je suis assez avide de lire chez les Pictes. Entretemps je vois un article de Francis Bergeron. Samedi 16-XI-2013, PRÉSENT.

Mais la parution de cet Astérix est aussi l'occasion d'ouvrir (ou de rouvrir) un éternel débat : faut-il accepter que les héros de papier échappent à leurs créateurs et soient perennisés par d'autres?


Bergeron évoque le cas d'Hergé qui avait interdit que son héro soit repris par d'autres (interdit pas toujours respecté, notemment quand à Dupond et Dupont par René Goscinny, « Jules César est arrivé en Belgique. — Je dirais même plus : Cules Jésar est arrivé en Gelbique »). Et il évoque les cas des héros continués. Si Tolkien - deçu ou horrifié de ce qu'avait voulu faire un adapteur en cinéma - avait opté pour une solution comme pour Hergé, son ami C. S. Lewis avait au contraire conçu sa Narniade comme un heptatyque et laissé des questions encore ouvertes mais encore aussi, à ses fans, encouragé de remplir les pièces qui manquent en écrivant à leur tour des histoires. Son héritier litéraire, Douglas Gresham (fils de la femme de l'auteur, mais depuis un autre mariage) vient de faire sortir The Giant Surprice par un fan qui peut-être n'avait pas compté sur cette honneur. Il s'agit des géants et de touille-marais. Il y a des milliers d'histoires sur le web, dont une où Lucy célèbre le premier Noël après la bataille de Beruna en Narnia, une autre où Edmund se trouve sur un bal et parle avec une fille (j'ai été tenté de faire venir cette fille aux obsèques des sept amis de Narnia : l'histoire était jolie mais avait peut-être pas compté sur le fait que dans La Dernière Battaille Edmund sera mort célibataire) et surtout toutes les histoires de la survivante, Susan Pevensie. Je viens d'augmenter leur nombre, comme on sait ...

Susan Pevensie a été trahie par un certain Neil Gaiman qui vient d'écrire The Problem of Susan. Douglas Gresham pourrait considérer que moi aussi je trahis la Narniade en faisant mourir les sept et les parents Pevensie (Susan devient orphéline aussi) rosaire dans les mains et scapulaire autour des cous ou dans les mains avant d'entrer (selon les livres) ces neuf personnes dans le pays d''Aslan (le ciel). Il est à différence de son père Pentécôtiste ou quelque forme d'Évangéliste. Et ces gens là ont des préjugés contre le Catholicisme y compris pré-tridentin (c'était moins le cas avec CSL). Mais le fait même d'écrire des histoires qui continuent la Narniade ne peuvent pas être une trahison, selon son auteur.

Mais d'un autre côté, et celui un côté certes apprécié par CSL, les héros sont de toute façon repris, pas toujours trahis. Les meilleurs histoires du roi d'Arthus étaient sans doute pas celles seules de Nennius. Cas un peu mal à propos, puisqu'il était assez certainement historique. Bien, quid de Hector? Certains trouvent qu'Homère aurait introduit Hector dans l'Iliade un peu comme l'image du brave et loyal soldat, un peu comme "le poilu", défendeur de sa ville, tel qu'il était typiquement, à part les individus connus. A-t-on fait tort (si cette théorie est vrai, ce qui est loin d'être sûr) à Homère? Et si Virgil n'avait pas pu reprendre Énée d'Homère? Bon, Énée ayant fort probablement historique, comme pour Arthus (roi ou duc, quel que soit le cas) il n'était pas vraiment un héro de papier.

Et Spirou et Fantasio ont même été améliorés par certains changéments d'auteurs et de dessinateurs.

Mais si Asterix aurait été trahi, je me demande si c'était pas plutôt par les scénaristes co-Uderzo post-Goscinny. Les deux parvenus d'espace dans un album, Le ciel lui tombe sur la tête, c'était un peu anti-américain plutôt que pro-français, excuses, pro-gaulois. J'espère que "chez les Pictes" fait mieux. Sans vouloir pourtant dénigrer tous les albums après Goscinny, j'ai bien aimé Le Grand Fossé.

Francis Bergeron fait une petite bévue à propos l'originalité de Goscinny et son type d'humour. Qu'il soit le premier en France, soit. J'en doute, je ne sais pas. Dans le monde, non, catégoriquement.

C. S. Lewis dans la Narniade (surtout le premier livre,* mais aussi le troisième**) et J. R. R. Tolkien*** dans Le Hobbit et les parties hobbitesques du Seigneur des Anneaux cultivent un humour "dans les mots, les anachronismes, dans les références culturelles" qui n'envie rien à Goscinny. Et ainsi dans l'étalage d'une forte érudition, il avait bien pu observer ça chez Tolkien (notons par exemple Farmer Giles of Ham, où il prend son érudition à la légère mais la montre quand même et assez beaucoup) - c'est d'ailleurs un "Asterix" patriotique et anachronique d'Oxfordshire avant (me semble-t-il) celui d'Armorique. Si on se prend aux calembours et aux situations issus d'un conflit avec l'administration, il avait ça (ou il aurait pu avoir ça) de Gilbert Keith Chesterton. Item la passion pour une petite bande de résistants contre la grande conquête ... voir The Flying Inn. Mais aussi quand il explique l'histoire (du Paganisme et de l'Évangile°, du Moyen Âge°° ou de l'Angleterre°°°), Chesterton est très astérixien dans le fait de comparer aux exemples parfaitement contemporains. Et Goscinny avait été à Nouveau York avant d'aller en France. Pompon et Modeste (est-ce Goscinny? n'est-ce pas Franquin? les deux?) même rappelle un roman de Chesterton.*°

Et P. G. Woodhouse et Lewis Carroll ont aussi cultive cet humour. Avant Astérix. Sans oublier Mark Twain et Oscar Wilde.**°°

Mais je dois à Goscinny de m'y avoir introduit quand j'étais très petit (1971 ou 72?), comme je dois à l'Écosse (1978) de m'avoir appris un peu mieux que les États (1977) l'anglais. Donc, j'aimerais lire Astérix chez les Pictes - en français et en Braid Scots. Non, je ne ferais pas cette traduction là, je ne le maîtrise pas.

Hans-Georg Lundahl
Bpi, Georges Pompidou
St Edme
20-XI-2013

* Le premier livre à apparaître, deuxième en ordre de lecture selon l'ordre chronologique du déroulement, Le Lion, la sorcière et l'armoire magique, laisse Madame Castor coudre sur une machine à coudre. Je viens de découvrir que "oh, I am such a bad faun" est une référence au faune dans la biographie des Sts Paul Premier Hermite et Antoine le Grand. Ce ne sont pas les érudits donc qui manqueront ces références culturelles - on peut voir Achéens et Assyriens (probablement, sinon Hittites) réfléchis dans les Telmarins et Calormènes.

** Le troisième à apparaître, cinquième en ordre de lecture, L'Odyssée du Passeur d'Aurore, fait beaucoup de vannes à la modernité branchée, plus avantgardiste que juste bobo.

*** Rappelons la faiblesse d'un Sam Gamgee (dont le nom est déjà une référence culturelle, renforcée par le nom de jeune fille de celle qui sera à la fin du roman sa femme) pour la patate ou celle de Gandalf et de tous les hobbits pour le tabac (Tolkien refusait d'y reconnaître forcément un anachronisme: les plantes auraient pu être présents dans le Vieux Monde [Terre de Milieu = Eurasie avec Afrique] avant d'y disparaître pour être réintroduits à partir du Nouveau Monde).

° Everlasting Man.

°° Ses biographies sur St François d'Assise et St Thomas d'Aquin, les chapîtres du Moyen Âge dans son Histoire abrégée d'Angleterre, et un peu partout.

°°° A Short History of England (1917)

Manalive

**°° Mark Twain surtout dans Un Yankee de Connecticut, Oscar Wilde dans Le Fantôme de Canterville. Les deux autres un peu partout. Dans P. G. Woodhouse ça prend plutôt l'air branché.

2 commentaires:

Hans-Georg Lundahl a dit…

La modernité d'Astérix rappelle biensûr celle du Ballad of the White Horse, par Chesterton!

Hans Georg Lundahl a dit…

Dans les deux cas, il s'agit d'une modernité des circonstances éphémaires, un clin d'œuil au présent.