samedi 15 juin 2013

Moulinsart à secours!

Demain des Tsigans devront quitter une commune d'Yvelines où ils ont eu des soucis avec des paysans qui veulent les persuader de quitter des lieux avec de la lisière.

Je ne connais pas l'arrière-fonds de cette histoire, je ne connais pas les griefs de ces paysans, s'ils sont bien ou mal fondés.

Par contre, un aristocrate ou autre possesseur de château qui voudrait pour quelque temps les accueillir, comme capitaine Haddock à Moulinsart (vous savez les Bijoux de la Castafiore) leur serait peut-être très utile.

Hans-Georg Lundahl
Mouffetard / Paris
Sts Guy, Modeste et Crescence
15-VI-2013

mercredi 5 juin 2013

Le faiseur d'or (Spirou et Fantasio)

Mon premier Spirou et Fantasio était heureusement aussi le premier de Jean-Claude Fournier aussi. Le Faiseur d'or.

Je viens de le relire ce soir.

Prenons le fait que le Comte de Champignac s'appelle Pacôme - après St Pacôme le premier cénobite, disciple de St Antoine. Origines bretonnes obligent.

Le Moyen Âge est évoqué, à travers Nicolas Flamel et avec le Castel Maudit. Non sans le petit gnome, quoiqu'il est une illusion fait par une technologie ... qui n'existait pas au Moyen Âge.

Après avoir entre temps lu les aventures où Zorglub est méchant, le Moyen Âge et le Christianisme est aussi évoqué par sa conversion au bien.

Mais il y a aussi le tout contraire de ceci, un certain Maire de Champignac.

Savourons l'éclat de rire à sa dépense quand il doit renoncer à tenir le discours en personne et le fait par un enrégistrement, que Zorglub et Pacôme ont truqué (je ne recommende pas ce genre de falsification des mots d'un autre auteur, biensûr):

" ... tels une fière cohorte poil à l'aorte, arborant médailles et trophées, immoler sur l'autel du modernisme les archaïsmes ..."


Ce genre de personnage, inimical au Moyen Âge, se retrouve aussi dans Lycksalighetens ö - L'île de la Félicité - par Per Daniel Amadeus Atterbom: dans la quatrième aventure, qui traite du retour du roi (bien avant que Tolkien se met à ce thème), le seul à parler en prose plutôt que dans le vers usuel de ce drame est un bureaucrate.

Malheureusement, aujourd'hui, le maire de Champignac et ce personnage antipathique de L'île de la Félicité, ne sont pas que des fictions: quoiqu'ils le soient en eux-mêmes, ils se retrouvent très applicables à certains personnages d'avantage connus dans les actu. Au moins autant que le prétendu nombre "i" se trouve applicable à des réalités dans l'électricité.

Mais juste là, il est d'une grande providence que c'est aujourd'hui que je relis ce premier Sprirou, et que je le lis en français.

Bonne lecture ou relecture, vous souhaite:

Hans-Georg Lundahl
BpI, Georges Pompidou
St Boniface et
St Sanche de Cordoue
5-VI-2013

vendredi 10 mai 2013

Les Enfants de Capitaine Grant, Jules Verne, Alexis Nesme

Je n'ai pas lu ce livre comme enfant. J'avais demandé, je n'ai pas eu. Je remercie mon grandpère, posthumement, de m'avoir permi de le lire pour la première fois comme adulte. D'ailleurs, je n'ai que lu le tôme 1.

Il y a des réflexions qui se présentent.

Karl May était un peu le Jules Verne allemand (il était aussi francophile et déplorait les abus de leur victoire de 1870). Mais il était plus ou moins tout le temps en train de réécrire ce roman, dans à peu près tous les siens! Que les tours vont en Espagne et Mexique (avec hélas un côté prorévolutionnaire, pour Juarez, contre les Carlistes, que voulez-vous, il était Protestant), ou en Turquie, Wild West et Sibérie, ses héros sont toujours en train de chercher un membre de famille disparu et parfois réputé mort. Mot clef: "je ne crois pas au mort de qui-que-ce-soit, avant de voire son cadavre".

Autre, Alexis Nesme a réussi l'adaptation très bien. Le concept avec des animaux aurait pu être douteux, il l'a réussi.

Autre encore, Tolkien semble l'avoir lu, voire l'ascente de la Cordillère et comparer Caradhras. Les trois textes dans le Secret de la Licorne impliquent que Georges Remi l'avait lu aussi.

Autre encore, Jules Vernes vivait dans l'époque coloniale, mais ses voyages sont assez souvent en dehors les colonies de France. Façon discrète de se distancer sinon du colonialisme en global au moins de certains aspects?

Encore une autre. L'histoire peut être lu en partie comme une allégorie du récherche du savoir. Une bouteille se trouve fortuitement dans l'estomac d'un requin-marteau. Il y a trois variantes du texte, en trois langues, mais chacune partiellement effacée (ne soupçonnons pas de la Ringparabel du Lessing, ça serait théologiquement triste, car la vérité reste accessible en entier, ou à des très petits détails près, dans une même tradition, la catholique!), il faut les ajouter l'une variante à l'autre, enfin il y a au moins un malentendu qui ne sera pas éclairé qu'une fois une expédition futile faite dans un sens qui n'est pas le bon, néanmoins cet échec n'est pas sans bons fruits, car on y verra le savant Paganel (qui lui aussi avait pris la mauvaise direction, il s'était trompé sur le train à prendre). Tel était à peu près l'idéologie du savoir à l'époque. Une idéologie qui excluait la vérité fixe donnée et bien comprise en avance (Ringparabel et Lessing semblent se présenter, hélas, mais Karl May était aussi pire comme théologien que comme romancier).

Finalement, va-t-on bien regagner capitaine Grant bientôt en Australie ou Ulimaroa? On verra./HGL

jeudi 25 avril 2013

Emmanuel Roudier: Néandertal

J'ai le avec assiduité comme enfant Rahan (par Lécureux, comme je viens de découvrir). C'est très vrai que l'homme est toujours pareil et que la population Cro-Magnon (imaginé par un autre bédéiste comme ayant vécu il y a 20.000 ans, par les créationnistes de nos jours souvent comme après la tour de Babel à une époque où l'athmosphère avait moins de carbon 14 ce qui donne des datations radiocarboniques trop vieilles) contenait forcément des types comme on les rencontre aujourd'hui. Chez Rahan, il y a un type qui est comme ça (ou qui est plus exactement un adhérent à la philosophie des lumières avant le mot) qui se trouve parmi d'autres, tellement plus enfantins ou méchants que lui-même, avec quelques exceptions qu'il rencontre tard. Rahan, évidemment. Le héro éponyme de la BD.

La population moustérienne aussi a été à son époque une population humaine. Chez Roudier on le sent très bien. Et chez lui ce décalage quasi colonial de Rahan par rapport aux autres n'est pas là. Le héro et les méchants sont frères, ils partagent plus ou moins les mêmes croyances. Ce sont même les frères méchants qui se trouvent un peu plus skeptiques, parce qu'ils préfèrent croire en leur propre ruse et force. Son clan (et pourquoi ce mot gaélique qui désigne une autre chose dans les Pays Hauts d'Écosse?) et les autres autour sont un peu comme les tribus amérindiens ou peut-être australaborigines. Le héro comme les méchants ne se décalent pas trop. C'est même - si on vient de Rahan - un peu un déni de l'individualisme, de la possibilité de se décaler par rapport aux autres.

Je ne sais pas quelles étaient les possibilités d'être individualiste parmi les gens qui étaient fraîchement dispersés de la tour de Babel. Possiblement moins que chez les Hébreux, où on verra bientôt Abraham, et moins même que parmi les Grecs où Orphée, Hercule, et tant d'autres remettront la personne individuelle au premier plan comme, évidemment, beaucoup plus humains que la culture Achaïenne, si on devra croire Hector Munro Chadwick à propos l'âge héroïque* de la Grèce. Parce qu'ils étaient devenus païens, et le paganisme étouffe la liberté individuelle.**

Je ne sais donc pas combien on doit voir l'intégration du faible héro (ou il est fort dans les bras, mais estropié des jambes) dans les croyances plus ou moins probables chez les Néanderthaliens s'ils étaient là avant tout civilisation répérable comme tel, selon les évolutionnistes*** un déni de l'individualisme ou un souci du réalisme de la réconstruction historique.

Son originalité rahanique par rapport aux autres s'exprime plutôt dans son affection pour une louve dont personne d'autre ne veut. L'ancêtre des chiens domestiqués (ou d'une de leurs lignées) selon la réconstruction de Roudier. Il n'est pas un Léonard de Vince ou un Pascal ni non plus un Yankee de Connecticut masqué en tels qui invente les choses après les choses. Son tribu va connaître une technologie croissante, mais grâce à la décision de tel ou tel autre tribu (chez Roudier désigné comme clan!) de partager celle qu'ils ont déjà. Grâce à sa diplomatie, non à son génie. C'est un trait très sympathique.

L'histoire, quasi une histoire héroïque, mais sans la fin sombre, donc un peu hollywoodisée, si on veut, est une histoire de revendication vis-à-vis des harcéleurs, intercroisée d'une histoire de révanche obligée (avec un fratricide et une expulsion d'un frère comme ingrédients sombres), intercroisée d'une quête de la technologie des autres (une certaine lame faisant envers le bison, ce que la force humaine nue ne peut pas, et - justement - il ne possède pas cette technologie dans son propre tribu), intercroisée d'histoires de bon accueil, intercroisées d'une histoire d'amour. Je ne veux pas trop dévoiler, je vous laisse découvrir, ça se dévore vraiment, je viens de lire les trois albums (car Néandertal est un triptyque) en une session.

Une fois que j'ai lu et aimé l'histoire, j'ai aussi un sens critique. Notemment en linguiste. Rahan était compris partout où il arrivait. Qu'il croise les océans, il est compris à l'arrivée. Il n'a jamais besoin d'apprendre une nouvelle langue. Dans le scénario biblique° ceci aurait été exclu par le fait de se dérouler après la tour de Babel.°° Dans le scénario évolutionniste ça aurait été exclu par la lenteur de la dispersion humaine qui aurait entrainé des évolutions linguistiques très notables bien avant Rahan.

Le problème linguistique semble à première vue résolu par le fait que tous les "clans" - ou petits tribus ou grandes familles plutôt - sont voisins dans une très petite aire. Mais alors, comment expliquer qu'ils ne partageaient pas aussi la même culture, qu'ils gardent avec jalousie les sécrets technologiques, les uns des autres, qui sont pourtant si peu dispensables pour rendre une vie si rude un peu moins difficile? Surtout que les mariage "entre les clans" doivent ne pas avoir été les premiers, puisque le mariage dedans un clan était interdit. Le héro ne peut pas et ne pourra pas de suite non plus, épouser sa cousine si sympa. Donc, dans cette aire, il doit y avoir eu des interchanges très fréquents avant, donc une telle réserve comme entre les entreprises (Coca et Pepsi gardant jalousement leurs secrets de fabrication les uns envers les autres) paraît non juste mesquine mais idiote.

En fait, on comprend cette situation presque mieux si on part du scénario biblique d'après le déluge: en tel aire de la France des hommes dont les arrière-grands-parents avaient quitté Babel ont pu se construire une diplomatie malgré les frictions hérités de cette époque, avec déjà une langue commune acquise (par les mariages "entre les clans" sans doute), mais encore des secrets gardés par rancune et par l'ambition de les utiliser pour reprendre le dessus comme avant Nimrod avait fait autour de Babel. Je ne crois pas que ce soit le plus bibliquement correcte, je crois que la postérité de Iavan tenait ensemble et celle de Togorma aussi, mais c'est possible au moins à titre d'exception.

Pour dire vrai, je ne suis pas du tout sûr que Roudier ait cru cette situation comme en elle-même très probable, il a bien pu la construire comme juste suffisemment probable pour le but de donner une leçon de morale aux contemporains. Car, juste à la fin, vient la décision, sans doute salutaire, de se partager les savoirs technologiques des quatre tribus: celle du héro, celle où il trouvera la lame, celle où il trouvera sa femme (et qui détient le secret médical) et celle où les hommes savent bien la lutte libre. Bonne leçon aux entreprises inscrites à Wall Street avec leur brevets. Peut-être encore à d'autres.

Les trois des quatre ont auparavent fait alliance contre une cinquième tribu, les "croque-morts", des gens qui font le cannibalisme. C'est très réjouissant de la part de Roudier, vu qu'il y a une évidence que le cannibalisme ait été pratiqué à l'âge de pierre, qu'il en fait une exception culturelle, horrible pour tous les autres, détestable comme les Cathars étaient détestables aux yeux de nous Catholiques. Notre héro devient donc un peu un Simon IV de Montfort-Amaury (également de Leicester), après que des femmes aient fait figure de Pierre de Castelnau. J'apprécie beaucoup.

Hans-Georg Lundahl
Nanterre, BU
St Marc Évangéliste
25-IV-2013

*Hector Munro Chadwick: The Heroic Age (1912)
http://archive.org/stream/heroicage00chaduoft/heroicage00chaduoft_djvu.txt


** Grèce pré-chrétienne était évidemment en certains contexts une exception. Pas en tous, qu'on se souvienne d'Antioque Épiphane qui voulait forcer la conscience des Juifs à intégrer l'idolâtrie. Et du procès de Socrate, et du fait que certains cas notables étaient déjà très sévèrement punis: Hippolyte, Antigone. J'ai eu un professeur de Grec Ancien qui était lui-même tellement anti-individualiste qu'il considérait qu'Hippolyte mérait d'être malheureux par son refus "agan", "trop poussé", d'adorer Aphrodite. Et ses mots peu respectueuses devant son père pendant une querelle. Mais alors il n'était pas exactement un intégriste, ni de sa confession "formelle" luthérienne, prévalente chez nous, ni du Catholicisme.

***Moins probables s'ils étaient juste deux ou trois générations après d'avoir assisté aux bâtiments de Babel sous Nimrod. Mais telle n'est pas la perspective de l'auteur évidemment.

°Qui est un peu exclu des "âges farouches" de cet auteur. Dans le scénario biblique les gens avec une telle technologie sont des robinsonades contemporains avec des gens qui ont gardé un peu plus, que ça soit avant le Déluge avec Nod ou après plus proche de Mésopotamie. Si Lécureux avait envisagé des choses comme ça, Rahan en tant que voyageur superulyssien les aurait rencontrés. Et en plus, les robinsonades auraient gardé la mémoire de la technologie perdue, sinon une mémoire suffisant pour la faire revivre directement, au moins une mémoire générale. Le luge et la fronde et le filet de pêche et le hameçon n'auraient pas tous été des découvertes ou inventions quasi fortuites. Notons que si l'archéologie peut bien regarder dans les excavations quelle était la technologie immédiatement accessible aux hommes de Tayac les Eyzies ou du Moustier dans la vallée de la Vézère, ceci ne détermine pas avec quelle technologie ils avaient un rapport par mémoire ou par rumeurs des contrées lointains.

°°À supposer que ces créationnistes aient bien positionné l'âge de pierre par rapport à la chronologie biblique.

mardi 2 avril 2013

jeudi 13 décembre 2012

Ling-Ling - T2 - Les Lanternes Roses


Si vous êtes genre vouloir découvrir vous-même "le coupable" et "le déroulement du crime" en lisant un roman policier, vous ne devez pas lire cet essai avant d'avoir lu la bande dessinée. Donc, je commencerai mes réflections sur un autre aspect de l'œuvre, avant de venir sur l'aspect de l'action qui se déroule, pour que vous eussiez le temps de ne pas voir la bonne solution avant de l'avoir trouvée vous-même. Mes réflections sur deux des trois aspects sera de nature morale.

L'entrainement de Ling-Ling ès Arts Martiaux:

La fille qui fait la héroïne du roman graphique a été entrainée depuis un âge assez bas, cinq - sept ans, environs, de par exemple toujours être aux aguets ou de calibrer très finement avec des réactions vites et à propos l'aproche de chacun de plusieurs attaques "simultanées". Les méthodes sont un peu brutales pour elle. Quoique sans danger pour sa santé.

1) Plusieurs images (en rétrospective), elle se voit pelletée par son maître de petites projectiles. Enfin elle résussit à en éviter une. Le maître la regarde calmément, elle demande si c'était l'épreuve pour savoir si elle était digne de ses leçons. "Non, c'était la première leçon, avec tes sens réveillés tu ne sera pas surprise."

2) Dans une autre rétrospective - en fait entre l'attaque de plusieurs ennémis et leur déroute complète avec les mots "ils n'avaient pas une chance, mon record avec boules de neige était 58" - elle est montrée au même bas âge accompagnant son maître à travers la neige dans un village. Ils arrivent très épuisés et refroidis. Elle demande si la leçon ait été la marche pour perdurer à travers l'épreuve physique. "Non, la leçon est ici". Ils arrivent devant des enfants, le maître les demande s'ils aiment la guerre de boules de neige, ensuite ils la pelottent de boules, elle est très mal prise et n'arrive pas à faire la parade envers les boules, enfin elle est mouillée par toutes les boules de neige qu'elle vient de recevoir. Il poursuit, son maître à elle: Deux boules de neige ne viennent jamais exactement au même temps. Il y a toujours le temps pour parader ou esquiver l'un avant l'autre. Et il lui donne la promesse qu'ils reviennent au même endroit pour plusieurs leçons du même genre.

Normalement, un entrainement comme le premier devrait être répété plusieures fois. L'avoir reçu une fois comme petite ne dispense pas de le recevoir encore et encore - si on veut être un as dans les battailles. Comme c'est déjà très bien indiqué pour le deuxième type d'entrainement.

On peut se demander pourquoi une fille reçoit cet entrainement. D'abord, elle n'est pas obligé d'assister à l'école publique de Jules Ferry, elle est autorisée, car c'est en Chine et pas la France, de suivre un maître dans une discipline plutôt choisie individuellement. Ce qui est très bon. Ça veut dire qu'elle n'a pas été forcée de subir ce genre de déconforts physiques malgré elle-même et malgré ses parents, comme c'est le cas pour les victimes de l'école publique, quel que soit le mode de leur victimisation.

Mais ensuite, une fille en Chine aurait plutôt été élevée aux tâches féminines. Pourquoi reçoit-elle une éducation martiale? De la part des auteurs il y a un modicum du politiquement correcte, souligné par la compagnie du voyage, quelqu'un qui fait la cuisine: c'est un homme, un beau-gosse plus jeune qu'Astérix mais avec autant d'appetit. Chose tout aussi facilement imaginable en Chine qu'en France. Si c'est politicalement correcte ou inversement une reproche faite au PC, il est un peu monotone ès gastronomies. Pourquoi n'est-ce donc pas Ling-Ling qui fait la cuisine et qui la fait bien?

Dans cette année de Sainte Jehanne d'Arc, la question mérite d'être posée. La sainte avait Dieu et les saints non seulement comme seule instruction pour les grandes décisions, elle avait aussi toute apprentissage, miraculeusement vite faite, ès choses de battaille d'eux. Elle n'avait pas du tout une éducation à la Ling-Ling, mais une éducation féminine traditionnelle. Et Jehanne Hachette à Beauvais - elle sera recompensée et honoré par le roi Louis XI qui paie aussi le menage de son fiancé - n'avait pas d'autre entrainement probable dans le maniement de la hachette dont elle tient son surnom, que les gestes avec bâton ou rouleau à pâtisserie utilisés pour faire fuire les jeunes garçons trop mal à propos. Si même ça.

Et la Chine est encore moins que la France un pays traditionnel des Amazones.

On pourrait imaginer une fille genre garçon manqué comme Motoko. Ou l'héritière d'un budoka comme l'accueillante de Tenshin la Vagabonde. Ou une fille qui avait vue ses parents tuées comme celle qui dans le film Léon (par Luc Besson) prend l'entrainement d'un tueur à gages. N'ayant pas lu la première aventure de Ling-Ling, j'en sais strictement rien. Sauf que c'est exceptionnel pour les époques concernées et que ces œuvres d'art de notre époque relèvent un peu du politicalement correcte, soit directement soit ironiquement.

Mais ce qui reste est que cette éducation strictement martiale n'était pas le lot de tout le monde, ni même de tous les garçons. Tel autre était plutôt entrainé pour être peintre ou calligraphe. Tel autre pour être écrivain et érudit. Tel autre pour le théatre du type Opéra de Pekin. Tel autre pour pêcheur. Une fille qui n'était pas élévée chez les parents ou dans un monastère était plutôt en Japon ou Chine élévée en pécheresse qu'en guerroyère. Et il y avait l'éducation musicale, pas totalement absente de l'Occident moderne non plus. Wolfgang et Nannerl Mozart, la fratrie The Kelly Family.

À part l'éducation pornographique - absente en Occident traditionnel sauf pour les filles des prostituées - chacune de ces éducations est la bonne dès que c'est la volonté des parents. Et dès que c'est au moins acceptable pour l'enfant ou les enfants en question.

Le "chinois" est bidon:

An Kreu et Sufi-zan ne sont pas des mots Chinois. C'est "en creux" et "suffisant". Des mots bien français donc. La syllabe Kreu est même impossible: entre consonne initiale et voyelle centrale n'existent en chinois que yod, waw, le u en "huit", "huitre", "puis" et rien. Un prétendu "r" peut pourtant exister après la voyelle centrale, comme aussi une nasale "n" ou "ng" - tandis que "m" est réservé pour consonne initiale.

Pourtant, c'est très possible que des surnoms d'un charactère équivalent existent en Chine, et que ces approximations en faux chinois les captent mieux qu'aurait fait une pure transcription des surnoms réels chinois.

Le dénouement - pour ceux qui ont lu ou qui ne liront pas ou qui reliront de toute façon après le connaître:

La "triade" appelée Les Lanternes Roses est gerée par une mamie, dont le fils est en même temps enquêteur impériale pour qu'elle ne soit pas attrapée, et son fils à lui est le grand calligraphe Lah Vi (à lire "lavis" ou "la vie" selon les préférences). Partie de la criminalité - en fait la seule partie abordée - et de voler les calligraphies de Lah Vi chaque fois qu'il les a vendues. Jamais de lui - la mamie veut bien qu'il ait son pourvivre - et jamais avant qu'il ne soit déjà payé par l'achêteur.

Précisons que l'art de calligraphie, comme la plupart des fois de sculpteur ou de peintre est de produire chaque fois un objet matériel unique. Ça sert au collectionneur - ou d'être exposé en public. Mais c'est une chose matérielle individuelle. Et une fois que Lah Vi ait fait une calligraphie et une fois qu'il s'en soit séparé pour de l'argent comptant, et dès que ce ne sont pas des choses publiques, il pourrait bien s'en foutre si c'est dans la possession de l'achêteur ou de quelqu'un autre, tant que ce n'est pas sa faute que le vol ait été commis. Il fait pourtant un chef-d'œuvre que sa mamie n'arrive pas à voler: il calligraphe dans la neige le mot "éphémère" en chinois. Ce qui est très exactement l'idéal de son art, les signes doivent être tracés de manière de rendre compte de la chose signifiée. Le signe pour "bois" n'est pas calligraphié s'il ne donne pas quelque part une impression de ressembler au bois. Et les signes pour "éphémère" (ce qui en chinois est une phrase plutôt qu'un mot - j'imagine que les signes chinois sont beaucoup plus correctes que "Sufi-zan") s'est alors très bien calligraphiée dans la neige. La mamie peut regarder, mais elle ne peut pas voler. Ling-Ling et son compagnon de voyage professionnel (et cuistot moins professionnel) en est témoin.

Un compositeur ou un écrivain ne produisent pas un exemplaire uniquement pour l'exemplaire, mais pour qu'il soit reproduit. Si un exemplaire est exposé dans le public ou s'il est reproduit, dans les deux cas l'auteur veut que l'idée exacte de l'œuvre - le texte exacte ou la partition ou tablature exacte - soient transmise au grand public. Normalement, sauf indication contraire, très ouvertement.

C'est fort probable que tel ou tel proche de moi voudrait bien collectionner mes partitions. Pour les manuscrits ça ne me gêne pas du tout. Mais si la suite est que par exemple telle partition ne soit pas complêtée (la première version de mon troisième quatuor à chordes) ou que la partition ne soit pas scannée après être complêtée (pas mal de mes sonates/sonatines pour violon) et ensuite le scan visible sur la toile, ça me gêne, raisonnablement.

Ça me gêne dans la démarche civique - par exemple de donner l'exemple que la musique aujourd'hui peut être écrite à l'ancienne (un peu comme Appolonius de Rhodes voulut prouver avec Argonautica que l'art épique n'était pas perdu avec le décès d'Homère), par exemple de donner un répertoire à des jeunes musiciens aspirants, moins déjà investi que celui de Mozart, mais également écoutable (ce que je crois avoir réussi avec la plupart de mes compositions), et, quand aux textes, de répandre les idées que je pense être véritées et nécessaires, sinon pour chaque âme (c'est à l'église de le décider et je ne suis pas évêque) au moins pour justément notre époque (dont j'ai quelque expérience très réaliste, parfois même triste).

Ça me gêne aussi par le fait que je me trouve trop mal payé si les réproductions de textes et les performences publiques de musique sont écartées de mon œuvre. Surtout que ma situation de pauvre semble comprendre un apprentissage (au moins de la part de certains) un peu semblable dans les déconforts aux situations de la très jeune Ling Ling, mais je ne suis plus très jeune et je n'ai pas demandé un apprentissage militaire. Ma propre démarche est de laisser la liberté aux exploiteurs de mon œuvre de me remunérer ou non selon les possibilités (ainsi les jeunes et pauvres ne sont pas écartés, ni ceux dont le pays n'admittent pas de payements en France, si tel sera le cas). Si la liberté que j'avais ainsi donnée avait resté "porte ouverte" comme je l'ai voulu, j'aurais probablement déjà eu des exploiteurs dont un nombre qui me remunèrent volontairement pour mon boulot d'écrivain et de compositeur. Juridiquement il n'y a pas eu de fermeture, mais intimidations morales "ne faites pas ça, vous ne savez pas s'il a le droit" ou ce genre ou encore désinformation genre "s'il vous a donné le lien dans les mains c'est qu'il veut que vous le gardiez pour vous" (ce qui n'a jamais été mon intention: si je ne peux pas obliger quelqu'un qui me trouve bidon de répandre tel ou tel blog ou message de blog ou partition scannée sur message de blog, au moins je n'ai jamais voulu empêcher ceux qui me trouvent bon de repandre ce qui leur plaît le plus ouvertement possible).

Hans-Georg Lundahl
Bpi Georges Pompidou
Ste Lucie, Vierge et Martyr
13-XII-2012

PS: autre critique sur ce lien ci:
http://www.planetebd.com/bd/bamboo/ling-ling/les-lanternes-roses/14509.html